Edito de Frank Alétru, Président du Syndicat National d’Apiculture
« LA BÊTISE INSISTE TOUJOURS ! » A l b e r t C a m u s
En répondant positivement à l’invitation du ministère de la Transition écologique à participer, le 28 mars dernier, à la troisième réunion relative à l’élaboration du plan de lutte nationale contre l’expansion du frelon asiatique, et en l’absence de toute naïveté, nous avions l’espoir que des mesures concrètes en faveur de la protection des ruchers nous seraient annoncées.
Hélas, il n’en a rien été !
Pourtant, le collectif composé de la FNOSAD, du SNA, de Terre d’Abeilles et de l’UNAF avait présenté, à la demande du ministère de la Transition écologique, un plan de lutte nationale très complet, intégrant le soutien à la Recherche appliquée, argumenté et chiffré. Il permettait de répondre à l’urgence, à savoir : la préservation du cheptel apicole national et, dans le même temps, celle de l’outil de pollinisation essentiel déjà
fortement fragilisé qu’il représente.
Dans sa conférence de presse du 28 mars, également tenue dans les Vosges, le ministre délégué confirmait que nous avions été entendus sur le volet Recherche appliquée. Il restera cependant à vérifier le bien-fondé du contenu de l’appel à projet. Mais une fois de plus, sur l’urgence à mettre un terme aux conséquences environnementales et économiques graves que provoque la prédation massive et généralisée des frelons
asiatiques, l’État ne prend toujours pas les bonnes décisions pour la mise en place d’un plan de lutte nationale réaliste et efficace.
Le ministère a dit et écrit à tort aux préfets, depuis plus de vingt années, qu’il était inutile d’intervenir massivement et collectivement dans le piégeage des frelons asiatiques et dans la destruction des nids ; voici que l’État récidive et poursuit l’abandon de la filière apicole face à ce terrible prédateur, en décidant de ne pas agir concrètement dans le soutien pour l’acquisition du matériel de lutte, de protection, de piégeage et de destruction.
En ne soutenant pas la protection du cheptel apicole, il n’oeuvre pas à sa mission première qui est de protéger l’ensemble des pollinisateurs. Depuis vingt ans, malgré les alertes répétées des syndicats apicoles et des écologues sur la catastrophe environnementale qui s’étend sur l’ensemble du territoire français et hors de ses frontières dont l’impact sur la destruction de l’entomofaune s’amplifie d’année en année, le ministère de la
Transition écologique persiste à ne pas agir concrètement et manque à son devoir. En insistant dans la bêtise et le manquement à sa mission première, le ministère de la Transition écologique manque à sa raison d’être !
Pire encore, en annonçant un plan de lutte nationale soutenu par un maigre budget de 3 millions d’euros, dont au moins un tiers pourrait être fléché vers la Recherche, les deux millions d’euros restants seront à répartir entre les 96 départements métropolitains concernés par la gouvernance de l’application du plan de lutte, soit une somme d’environ 20 833 € par département, à raison d’un budget mensuel de … 1 736 € par
mois. De qui se moque-t-on ? Quelle est la réelle ambition de ce ministère et de ce plan, si ce n’est faire un effet d’annonce ?
Et pour finir, pire encore, le ministère annonce vouloir en financer la gouvernance. Un état-major, en quelque sorte, pour diriger et coordonner l’action de la « petite armée » composée de ceux qui devront lutter sur le terrain. Mais, gros problème, avec quels moyens pourront-ils lutter puisque l’État ne les a pas dotés d’un armement adéquat ! Toute ressemblance avec d’autres fautes réelles de gestion et de gouvernance au sommet de l’État sont purement fortuites.
Dernière minute : Nous venons d’apprendre le décès de M. Yves VEDRENNE qui a présidé le Syndicat National d’Apiculture durant une quarantaine d’années. Un hommage lui sera rendu dans le prochain numéro de la revue. Le Conseil d’administration du SNA et L’Abeille de France adressent leurs sincères condoléances à sa famille.

