La population d’une colonie se compose de trois catégories d’habitants aux caractéristiques et fonctions nettement différenciées mais complémentaires.

La reine

La reine est vraiment la mère de la colonie. Elle joue un rôle fondamental dans le développement et la survie des habitants de la ruche. Seule une reine en bonne santé, jeune, vigoureuse et pondant à un rythme soutenu est capable d’assurer un renouvellement constant de la population et un développement satisfaisant de la colonie.

Du point de vue morphologique, la reine se distingue nettement des ouvrières et des faux-bourdons : elle mesure de 18 à 22 mm de long et son thorax a 4.2mm de diamètre (l’ouvrière 4 mm).

Cette différence a été mise à profit pour construire des grilles à reine, dont les barreaux sont espacés de 4mm, ce qui n’entrave pas la libre circulation des abeilles mais interdit le passage de la reine ; et qui permet de confiner la mère dans certaines zones choisies par l’apiculteur, par exemple, de séparer le nid à couvain du magasin à miel.

La reine diffère également des ouvrières et des faux-bourdons par sa couleur variant de l’orange clair ou brique au brun très foncé, avec un abdomen toujours monochrome et non pas rayé comme celui de ses enfants.

La reine a des ailes courtes et ses pattes dépourvues d’outils sont plus longues que celles des ouvrières.

Son appareil buccal est lui aussi réduit et sa langue plus courte, ce qui ne constitue pas un handicap car étant toujours nourrie directement par les ouvrières, elle n’a nul besoin de récolter du nectar.

Une reine ne possède pas de glande cirière.

Elle n’utilise son aiguillon que contre d’autres reines en les tuant directement dans leur cellule ou bien au cours de duels pendant la période d’essaimage ou lors de réunion de colonies. L’aiguillon de la reine est plus long et recourbé que celui de l’ouvrière.

Contrairement aux ouvrières, la durée de vie d’une reine est de 4 à 5 années. Cette longévité serait due à l’alimentation spécifique de la reine qui ne reçoit sa vie durant que de la gelée royale.

Tout commence par un œuf fécondé comme celui qui donne naissance à une ouvrière. Cet œuf est déposé au fond d’une alvéole que les abeilles vont modifier en l’élargissant et en le prolongeant et qui deviendra une cellule royale.

Le cycle qui mène de l’œuf à l’insecte parfait comprend plusieurs phases :

– ponte de l’œuf ;

– éclosion de l’œuf à l’issue du 3è jour ;

– état larvaire pendant environ cinq jours et demi ;

– operculation de la cellule royale avant la fin du 9è ;

– la larve se transforme en nymphe durant 7 jours et demi ;

– le 16ème jour, sortie de l’insecte parfait.

Les premiers vols de reconnaissance ont lieu entre cinq et douze jours après la naissance ; ainsi qu’un ou plusieurs vols nuptiaux pendant les heures chaudes et ensoleillées de la journée et en l’absence de vent.

Si la reine n’est pas fécondée dans les vingt jours suivant sa sortie de l’alvéole, elle restera stérile pendant le reste de son existence et ne pondra que des œufs donnant naissance à des faux-bourdons. On dit alors que la reine est bourdonneuse.

Deux jours après le dernier vol nuptial, la reine commence à pondre ; elle peut déposer jusqu’à 3 000 œufs par jour, ce qui équivaut au triple de son poids corporel.

Son appareil génital comporte deux gros ovaires constitués de 160 à 180 tubes ovulifères dans lesquels les ovules s’élaborent et arrivent à maturité. Chaque ovule débouche dans un oviducte qui les achemine à son tour vers le vagin relié à la spermathèque. Cette dernière contient les spermatozoïdes que la reine a recueillis lors du vol nuptial et qui conserveront leur vitalité aussi longtemps que la reine elle-même vivra.

Si la réserve de spermatozoïdes s’épuise avant la mort naturelle de leur mère, les abeilles se chargent de son élimination, car devenue mauvaise pondeuse. A défaut la colonie devient bourdonneuse.

Il est essentiel de connaître l’âge d’une reine et de pouvoir évaluer son potentiel reproducteur. C’est pourquoi il est d’usage de la marquer d’un point de couleur ou d’une pastille posée sur le thorax – une règle internationale a défini 5 couleurs en accord avec le calendrier décimal, ainsi en 2021, le marquage est blanc.

 

Dernier chiffre de l’année
Bleu0 ou 5
Blanc1 ou 6
Jaune2 ou 7
Rouge3 ou 8
Vert4 ou 9

 

A défaut de marquage, certains signes renseignent sur l’état et la valeur de la reine :

–          Une ponte régulière et abondante,

–          Une grande taille, une couleur claire et des ailes bien repliées sur l’abdomen non frangées ;

–          Des mouvements lents et continuels accompagnés d’une ponte régulière.

Au contraire, une ponte réduite, éparpillée, des mouvements saccadés et des ailes maintenues écartées sont caractéristiques d’une reine usée ou trop âgée pour assurer la pérennité de la colonie.

Une reine est toujours entourée d’un certain nombre de jeunes abeilles jouant le rôle de servantes. Elles la nourrissent, la nettoient…

L’unité de la colonie est maintenue par une substance secrétée par la reine et que l’on dénomme « la phéromone royale » que les abeilles diffusent entre elles et dans l’ensemble de la ruche.

Entre le 6è et 7è segment, la glande de Nasanoff dégage une substance olfactive différente d’une colonie à l’autre, qui permet à chaque abeille de reconnaître ses sœurs.

 

L’ouvrière

Si la reine est importante pour la survie de la colonie, l’ouvrière ne l’est pas moins car elle travaille et c’est elle qui récolte le nectar.

Plus petite que la reine, elle mesure de 12 à 13 mm de longueur et son thorax a 4 mm de diamètre. Il en faut 10 000 pour faire 1 kg. La longueur de la langue a une très grande importance pour le butinage et est comprise selon la race entre 5,5 et 7 mm.

Tout commence par un œuf fécondé, diploïde, (se dit d’un noyau cellulaire possédant un nombre pair de chromosomes, double de celui des gamètes) déposé dans une alvéole. Le cycle de développement comprend plusieurs phases : ponte de l’œuf, éclosion à l’issue du 3è jour, état larvaire pendant 6 jours, operculation le 9è. La larve se mue en nymphe pendant 12 jours et le 21è sortie de l’insecte parfait.

Après la naissance, l’ouvrière entreprend une existence qui est extrêmement brève pendant la phase des grandes récoltes (environ 40 jours, l’intensité du travail l’usant prématurément) et un peu plus longue en période de faible récolte. A ce moment la durée de vie peut même atteindre six mois pour les abeilles nées en automne et qui ont pour mission d’assurer le démarrage de la nouvelle saison apicole.

Au sortir de l’alvéole l’abeille fatiguée d’avoir rongé l’opercule pour sortir de sa cellule se repose quelques heures, se nourrit et fortifie ses ailes. Pendant les trois jours suivant elle effectue divers travaux à l’intérieur de la ruche. Du 4è eu 6è, elle est chargée du nettoyage de la ruche et des rayons, du 7è au 13 è elle fait office de nourrice et alimente les jeunes larves avant l’operculation des cellules, entre le 14è et le 19è elle devient tour à tour gardienne, ventileuse puis cirière. A partir du 21è jusqu’à sa mort, elle est butineuse. Ce programme théorique peut naturellement subir de fortes distorsions en fonction des besoins de la colonie.

Chaque nourrice s’occupe de dix à douze jeunes larves, ou bien de six à huit adultes qui requièrent davantage de nourriture. Les larves grandissent en consommant un mélange de miel et de pollen. Ce dernier, essentiel, est fourni à raison d’environ 12 pelotes par larve (0.1g). Le développement d’une colonie nécessite environ 25kg de pollen pour couvrir les besoins d’une année, en plus des besoins de nectar frais et de miel qui varient en fonction des climats mais qui sont très supérieurs.

L’ouvrière est dotée de glandes cirières qui lui permettent de construire les rayons. Cette activité est saisonnière, fonction de la température, des approvisionnements et des besoins de la colonie. En hiver aucune cire n’est étirée.

L’appareil buccal de l’ouvrière est très développé et lui permet de mordre les pattes des varroas ou de grignoter les vielles cires. La langue très extensible lui permet de récolter le nectar au fond des corolles des fleurs. Ce nectar est stocké dans le jabot où il subit un commencement de transformation pendant le retour à la ruche.

Les pattes postérieures sont dotées de brosses et d’une corbeille extensible dans laquelle l’ouvrière emmagasine le pollen et la propolis qu’elle récolte.

L’appareil vulnérant de l’ouvrière est composé d’un aiguillon semblable à un harpon, relié à deux glandes qui secrètent respectivement une substance alcaline et acide dont le mélange constitue le venin. Il est intéressant de noter, que durant les premiers jours de vie le dard de l’ouvrière est inutilisable et que l’agressivité de l’abeille grandit avec l’âge.

 

Fonctions des abeilles dans la ruche
JourFonction
1 – 2Nettoyage abeille et cellule
Réchauffe le couvain
3 -5Nourrit les larves
6 -12Nourrit les jeunes larves
Prend le nectar
Empile le pollen
Nettoyage de la ruche
Construction des alvéoles
13 – 16Vol d’orientation
17 -19Gardienne
20 – 35Collecte le nectar
35 – 40Fin de vie
4 à 6 moisAbeilles d’hiver

Le faux-bourdon

Il n’y a que la moitié des mâles d’une colonie qui assurent, effectivement une fonction reproductive, et seuls 70% parviennent à une maturité sexuelle complète.

Pourtant les faux-bourdons sont extrêmement utiles. Outre la fécondation de la reine, ils accomplissent quelques petites tâches quotidiennes : ventilation de la ruche, incitation des ouvrières à travailler davantage, etc.

Le faux-bourdon provient d’un œuf non fécondé (haploïde) déposé dans une alvéole plus grande que les cellules d’ouvrières. Sa longueur atteint 15 mm et son thorax 5 mm de diamètre.

Le cycle vital du faux-bourdon s’étend sur 25 jours et comporte plusieurs phases : œuf 3 jours, larve non operculée 6 jours et demi, operculation le 9è jour et demi, larve operculée devenant nymphe 14 jours et demi, naissance de l’insecte parfait entre le 24è et le 25è jour.

Le faux-bourdon quitte sa ruche pour la première fois 9 à 12 jours après sa naissance mais n’atteint sa maturité sexuelle que 21 à 30 jours plus tard.

Un faux-bourdon vit en moyenne une cinquantaine de jours.

En période d’essaimage les faux-bourdons se dirigent vers des lieux de rassemblement où ils sont rejoints par de jeunes reines à féconder. Chaque faux-bourdon produit plus de dix millions de spermatozoïdes, mais lors de l’accouplement en vol, seuls 10% réussissent à pénétrer dans la spermathèque de la reine. Ce qui expliquerait que celle-ci s’accouple généralement avec plusieurs mâles jusqu’à ce qu’elle ait recueilli à peu près 4 millions de spermatozoïdes. Après l’accouplement le faux-bourdon meurt car son organe reproducteur reste enfoncé dans celui de la reine.

 

Caractéristiques des abeilles
OuvrièreReineFaux-bourdon
Longueur du corps12 -1318 – 2015
Largeur du thorax44,25
Nombre d’article (fouet, antennes)111112
Nombre de plaques poreuses des antennes3 à 6 0003 00030 000
Position des yeux composésEcartésEcartésContigus
Nombres de facettes (yeux composés)3 à 5 0005 00013 000
Longueur de la langue5 – 7Très courteTrès courte
PattesAvec outilsSans outilsSans outils
Aiguillon – DardDard droitAiguillon courbéAbsent
Durée de développement (jours)211624
Glandes cirièresPrésentesAbsentesAbsentes

 

 

Cycle évolutif chez les 3 castes d’Apis Mellifica
TypeNombreOeufLarveNympheTotal incubation
Couvain
Cellule ouverteCellule operculée
Reine (Femelle)13 jours5 jours 1/27 jours 1/216 jours
Ouvrièrede 40000 à 600003 jours6 jours12 jours21 jours
Faux-bourdon (Mâle)de 2000 à 50003 jours6 jours 1/214 jours 1/224 jours

 

Les types d’opercules

L’examen de la forme des opercules sur un cadre permet de connaître le contenu de l’alvéole :

  • opercule plat et hermétique : la cellule contient du miel
  • opercule plat ou légèrement bombé et poreux; la cellule contient une larve d’ouvrière
  • opercule très bombé et poreux : la cellule contient une larve de faux-bourdon
  • cellule déformée et opercule poreux : elle contient une larve de reine
  • pas d’opercule : la cellule contient du pollen

 

 

Francis Anchling

Article paru dans l’Abeille de France