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Par Cindy ADOLPHE – Article paru dans l’Abeille de France de Décembre 2017.

La formation de plusieurs milliers d’apiculteurs était un des points phares de feu le PDDA, avec une ambition de formation de plusieurs milliers d’apiculteurs professionnels…. Nous vous proposons ici un tour d’horizon des différents niveaux de formation apicole1.

S’initier et découvrir le monde des abeilles. Les ruchers-écoles

L’apiculture de loisir ou “de petits producteurs” a le vent en poupe et, pour y répondre, des centaines de bénévoles animent les ruchers-écoles.
Il n’existe pas vraiment de définition précise de ce qui se cache derrière le terme “rucher-école”. Un rucher-école peut être affilié à un syndicat apicole, un groupement sanitaire apicole ou être indépendant sous la forme d’une association ; un particulier peut aussi proposer des cours pratiques dans son rucher… Le nombre de “ruchers-écoles” en France est cependant estimé à environ 200 selon le ministère en charge de l’agriculture…
II s’agit d’y acquérir les notions de base fondamentales, théoriques et pratiques, pour vous permettre d’élever des abeilles avec une autonomie suffi sante ; certains proposent aussi des cours de perfectionnement.
Payantes ou gratuites, les formations permettent d’échanger avec des apiculteurs, entre “élèves-apiculteurs” et de se confronter à la réalité des abeilles.
Après la biologie de l’abeille, le b.a.-ba en termes de sécurité, les bases de la réglementation, il s’agit d’apprendre à visiter une ruche, les bons gestes, prendre les bonnes décisions… se faire piquer : il est indispensable d’acquérir ces pratiques avant de décider d’installer des ruches.
Les formations dispensées en ruchers-écoles sont non-diplômantes ; elles se composent de modules théoriques (environ 30 heures) et d’ateliers ou travaux pratiques sur une ou plusieurs dizaines de ruches appartenant audit rucher-école (environ 30 à 40 heures). Les séances sont généralement planifiées sur plusieurs mois pour couvrir toute la saison apicole.
Parce que souvent victimes de leur succès, les inscriptions dans les ruchers-écoles sont vite closes. Il ne faut donc jamais tarder pour s’y inscrire.
Un rucher-école emblématique : le rucher du Jardin du Luxembourg (Paris 6ème).
Créé en 1856 par Henri Hamet, le rucher-école de la Société centrale d’apiculture (SCA), sans doute l’un des plus anciens ruchers urbains, s’était donné à sa création pour mission de lutter contre l’étouffage des abeilles.
Cette société savante a pour mission, entre autres, la vulgarisation scientifique de travaux liés aux abeilles et à l’apiculture qu’elle a su maintenir et développer jusqu’à aujourd’hui. Désormais, la SCA dispose de 5 ruchers en Ile-de-France au sein desquels différentes formations sont proposées comme, par exemple, l’initiation des enfants dispensée dans ses deux ruchers pédagogiques parisiens, aux ruchers de Saint-Cloud (Haut de Seine) et du Parc Georges Valbon (Seine Saint-Denis).

Consultez la liste des syndicats apicoles départementaux affiliés au SNA.

Les formations professionnalisantes : direction les CFPPA

Vous êtes prêts, vous avez décidé de sauter le pas, en route vers la professionnalisation!
Les Centres de formation professionnelle et de promotion agricole ou CFPPA, proposent 2 types de formations :
des formations professionnelles courtes et des formations dites longues, diplômantes et qualifiantes. Nous ne parlerons ici que des formations dites longues mais vous pourrez retrouver dans le tableau récapitulatif certaines informations.
Ces formations s’adressent à des adultes entrés dans la vie active et qui souhaitent préparer un diplôme ou une qualification professionnelle (chefs d’entreprise, salariés, demandeurs d’emploi, personnes en insertion ou en reconversion professionnelle…) ; selon votre situation, le coût de la formation peut être pris en charge.
Elles sont de durée variable : de quelques journées (formations professionnelles courtes) à plus de 1000 heures (formations diplômantes).
Le Brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole (BPREA) orientation apiculture, la Certification professionnelle responsable d’exploitation apicole (CPREA), la Spécialisation d’initiative locale (SIL) « apiculteur » et le Titre « apiculteur » font partis des formations professionnelles continues, accessibles à partir de 18 ans, le plus souvent après une première expérience professionnelle.
Sachez qu’il est recommandé par les directeurs d’établissement ou les formateurs de réaliser une saison chez un apiculteur au préalable d’une demande d’inscription.
Certains BPREA apicoles peuvent être réalisés par la voie de l’apprentissage à partir de 16 ans et sur 1 ou 2 ans (CFPPA de Marvejols et de Rodilhan). Ces formations se déroulent en présentiel en centre de formation pour la plupart mais certains établissements peuvent vous permettre de le suivre en Formation ouverte à distance (FOAD) grâce aux cours du CFPPA de Vesoul. Afi n de donner plus de visibilité à la formation en apiculture, 9 CFPPA ont créé un réseau désormais formalisé : le réseau national des CFPPA Apicoles 2.
Dans la mesure où l’installation des candidats et le taux de réussite au BPREA Apicole sont des critères d’évaluation des établissements de formation, votre candidature sera soumise à sélection sur dossier, la demande étant généralement supérieure à la capacité d’accueil des établissements.
La formation se divise en plusieurs modules généralistes (UCG), professionnels (UCP), techniques (UCT) et spécifiques (UCARE 3). Toutes les unités d’enseignement sont capitalisables dans toute la France et sont valables 5 ans. Vous disposez donc de 5 ans pour vous former au métier d’apiculteur. La partie théorique (généraliste et professionnelle) représente environ 500 h ; la pratique [stage indemnisé en exploitation apicole] qui complète cette formation, représente quant à elle, environ entre 300 h et 400 h. Mme Poirier, directrice du CFPPA de la Côte St André, précise : « un projet d’installation, cela prend entre 3 et 5 ans. La formation s’insère dans un parcours, une trajectoire de vie ». Elle conseille aussi aux adultes qui souhaitent s’installer, de commencer par se rendre à la Chambre d’agriculture ou de contacter l’Association de développement de l’apiculture (ADA) de leur région. Concernant le Titre apiculteur, qui ne donne pas droit aux aides pour s’installer, il se déroule généralement sur 6 mois.
En termes de formation, suivant l’option que vous choisissez (BPREA Apiculture, Sil ou Titre), cela représentera pour vous entre 800 h et 1360 h et vous donnera accès ou non aux aides financières. Les enseignements de « base » restent plus ou moins identiques ; ensuite en fonction des CFPPA vous trouverez une offre originale comme par exemple, au CFPPA de St Flour, où des modules « Transformation en produits cosmétiques » ou « Transformation en produits alimentaires » sont proposés.
Dans tous les cas, les centres sont là pour vous aider, vous accompagner et des formations personnalisées peuvent être envisagées.
Une nouveauté pour 2018 : le Certificat de spécialisation « apiculture »
Acté en juillet 2017 via la validation d’un référentiel, ce certificat de spécialisation (CS) permettra à des apiculteurs ou futurs apiculteurs de suivre une formation spécialisée d’environ 600 h. Si au départ il était plus destiné à des agriculteurs ou apiculteurs détenant déjà un diplôme agricole, il pourrait remplacer à terme la formation « Titre apiculteur » ou permettre une spécialisation post-BPREA. Le CFPPA de Hyères devrait proposer dès mars 2018 un CS orienté « technique de l’élevage et sélection » avec comme objectif « de faciliter l’installation de nouveaux apiculteurs, en particulier des jeunes, dans un métier complexe nécessitant un haut niveau de technicité » (12 semaines de théorie et 12 semaines de stage). À terme, d’autres CFPPA 4 le proposeront, à l’image de celui d’Auterive, CS prévu en 2019.


Se spécialiser : vers des formations spécifiques

Devenir Technicien sanitaire apicole (TSA) ou Conseiller technique sanitaire apicole (CTSA)
La réforme de la gouvernance sanitaire a vu naître le TSA, spécialiste des pathologies apicoles, dont les compétences figurent dans le décret du 3 octobre 20165. Pour l’Administration, il s’agissait d’un nouveau métier qui s’inscrivait dans une pratique libérale (conventionnement avec un vétérinaire sous forme de salariat ou d’auto-entreprenariat), la formation sanitaire a donc été revue. Aujourd’hui, 3 organismes proposent des formations permettant de devenir TSA : l’école vétérinaire de Nantes (Oniris), la Fnosad et le CFPPA de Hyères. L’école vétérinaire de Nantes recrute à partir d’un niveau Bac+2 pour former des CTSA qui donnent accès d’offi ce au titre de TSA…13 jours de formation théorique et 100 h de stage pratique.
La sélection est faite sur dossier et vise un public de technicien d’organisme à vocation sanitaire, privé ou public (DDPP, Gdsa, Osad…).
La Fnosad est le centre de formation agréé historique. Elle dispense des formations à travers toute la France. Ce sont les GDSA adhérents qui organisent ces sessions mais toute organisation apicole peut demander à organiser une session dans sa région. Vous pouvez aussi, à titre personnel, faire une demande directement auprès de la Fnosad qui vous redirigera. La formation se fera en 2018 sur 7 jours. Là aussi, une sélection est effectuée ; les candidats à la formation sont, par exemple, pré-sélectionnés par les Osad (QCM de sélection fourni) et l’attestation de compétences est délivrée si, et seulement si, les résultats à l’examen sont supérieurs à 12/20 6. Le CFPPA de Hyères expérimentera quant à lui pour la première fois en février 2018 sa formation TSA sur 10 jours.
Cap sur les reines et les techniques d’élevage : une possibilité, l’Anercea L’Association nationale des éleveurs de reines et des centres d’élevages apicoles (association loi 1901 forte de 500 membres professionnels, amateurs et même structure apicole), promeut « l’élevage et la sélection de toutes sortes d’abeilles pour œuvrer à l’amélioration des rendements apicoles » et assure de nombreuses formations techniques [i.e, insémination] dans le domaine. Elles se déroulent soit chez un apiculteur professionnel, soit au siège de l’association ou encore à l’Agrapole de Lyon. Sur son site, vous trouverez un catalogue de formation et les conditions d’inscription (possibilité de prise en charge via fonds Vivea 7 si installation).
Tout comme il n’y a pas une apiculture mais des apicultures, il n’y a pas une mais des formations apicoles, à chacun de trouver celle qui lui correspond le mieux.
Le besoin de mieux former les apiculteurs est une thématique récurrente dans divers cercles. La réforme du BPREA, la création du CS, les discussions autour d’un BTS « apicole », la montée en compétences sanitaires… tant d’initiatives pour tenter de maintenir le cheptel apicole français et d’assurer un renouvellement des générations… RDV dans quelques années !

1 Non exhaustifs.
2 Prochainement, un site Internet devrait lui être dédié.

3 Unités capitalisables d’adaptation régionale ou à l’emploi.
4 Voire même d’autres structures de l’enseignement agricole.
5 Décret n° 2016-1307 du 3 octobre 2016 fi xant les compétences adaptées à la réalisation d’actes de médecine vétérinaire par les techniciens sanitaires apicoles, Journal offi ciel du 5 octobre, texte n°27, https://www.legifrance.gouv.fr
6 Pour plus d’information sur la formation dispensée, un article est paru dans le numéro nov-déc de La Santé de l’abeille. À partir de janvier 2018, les formations devraient se dérouler sur 7j obligatoirement et non plus sous la forme (5+2) ; avec les 2 journées possibles pour une « mise à jour » des anciens Agents sanitaires apicoles (ex-ASA). Article en ligne : http://www.apiservices.biz/documents/articles-fr/formations_tsa_mobilisation_fnosad.pdf

Sources :
Ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, CP, Paris, le 26 avril 2017 ; www.la-sca.net; http://www.anercea.fr; https://agreenium.fr/actualites/agir-pourles-
abeilles-bient%C3%B4t-un-nouveau-mooc ;
Merci à toutes les personnes qui nous ont accordé de leur temps : la MFR Ireo Les Herbiers ; les CFPPA de Vesoul, la Côte St-André, St-Flour, Hyères, la Lozère (site Marvejols), Venours, Auterive, Arras; le service formation d’Oniris et la Fnosad.