Edito de Frank Alétru, Président du Syndicat National d’Apiculture
EN GUERRE CONTRE LE VIVANT
Si, de par le monde, nos dirigeants ne changent pas de cap en matière de protection de l’environnement et de la santé, ce ne sera pas la fin du monde, mais la fin d’un monde, celui de la civilisation humaine et de la biodiversité qui l’entoure et qui contribue à l’équilibre de la vie sur la planète.
Les récentes décisions et reculades multiples de nos politiques sur les sujets environnementaux prouvent que, malgré les alertes répétées et les signaux de détresse qui nous parviennent de tous les continents, nous sommes encore dirigés par une majorité de décideurs politiques qui ne possèdent pas de connaissances sérieuses sur ces questions, ou lorsqu’ils en disposent, ils s’empressent d’écarter les études scientifiques qui dérangent leurs plans. Nous en avons encore eu la lamentable démonstration le 30 avril dernier avec le refus de la publication du rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques de l’Assemblée nationale qui mettait en évidence les risques en matière de santé, provoqués par l’acétamipride. Le niveau de déni est tel qu’en votant la réintroduction des néonicotinoïdes, les politiques se sont aussi affranchis des alertes de plus de vingt sociétés savantes de médecine et d’expertise, en rejetant aussi l’avis des médecins.
Quand les élus n’écoutent ni les scientifiques ni le bien-être de la population, tout laisse à penser que nous sommes dirigés par des « criminels ». Pour protéger leurs intérêts ou ceux des firmes industrielles, ils sont entrés en guerre contre le vivant en mettant en danger la santé des Hommes, des animaux sauvages et d’élevage, des végétaux et en dégradant la qualité de l’eau. Ils ont remplacé la fonction initiale de sénateur ou de député qui est de défendre le bien commun des citoyens par celle de lobbyiste qui œuvre pour son propre intérêt ou celui d’entreprises. Par leurs agissements, ils ne polluent pas que l’environnement, ils polluent aussi la démocratie. Il devient urgent de stopper ces « oligarques prédateurs ».
Le projet de loi d’urgence agricole fait l’actualité depuis des mois. C’est un projet qui, manifestement, veut tourner le dos à la science et ignorer l’intérêt général, tant il persiste à soutenir et même à développer des modèles agricoles et agronomiques qui, au lieu d’apporter de véritables solutions, aggraveront les futures crises. Dans les faits, comme tous les précédents « plans » agricoles de tous types, il ne profitera qu’à de puissants groupes économiques et industriels qui parviennent à promouvoir leurs intérêts privés sous couvert du concept de simplicité au détriment de la protection de la santé, de l’environnement et de la dégradation du revenu des agriculteurs.
LA BATAILLE DE L’ EAU
Des cours d’eau et des rivières sont déjà à sec, la Loire est à un niveau très bas. En 2003, la canicule avait eu lieu en août, cette année trois épisodes caniculaires se sont succédé
depuis le mois de juin et d’autres à suivre sont annoncés. Ce n’est pas d’un plan d’urgence agricole dont nous avons besoin, mais plutôt d’un plan d’urgence climatique qui intégrera la révision des pratiques agricoles pour aller vers une agriculture durable.
La question de la priorité dans l’accès à l’eau est devenue centrale avec l’intensification des canicules et des sécheresses. Le combat pour le partage de l’eau est déjà lancé entre l’agriculture, les centrales nucléaires, les datas-center et BOIRE. Au fond, la question est moins de savoir qui sera prioritaire que : quels usages la société considérera comme essentiels lorsque l’eau viendra à manquer ? Au risque sinon de constater un
accaparement de l’eau par une minorité, tel que le propose le projet de loi d’urgence agricole qui veut faire de l’irrigation des cultures une priorité absolue.
La véritable priorité devrait être de réduire les conflits avant qu’ils ne surviennent, en combinant plusieurs leviers : économies d’eau dans tous les secteurs, amélioration des réseaux pour limiter les fuites, stockage hivernal lorsque les conditions hydrologiques le permettent, chaque année les épisodes cévenols se répètent et les inondations s’intensifient, tout en laissant partir ces importants volumes d’eau douce vers la mer
et les océans, réutilisation des eaux usées traitées là où c’est pertinent, restauration des sols et des zones humides afin d’améliorer l’infiltration et la recharge des nappes. L’objectif est de diminuer la pression sur la ressource plutôt que d’avoir à arbitrer entre des besoins essentiels, une fois la pénurie installée.
Un autre plan d’urgence s’impose, celui de la gestion de l’eau qui nous permettra d’éviter l’effondrement brutal de la biodiversité et de stopper les dérives de l’agriculture intensive ur-consommatrice d’eau.
DÉRÉGULATION DES OGM ET SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE
Les opinions meurtrières ne sont pas que l’apanage de certains politiques français, nos euro députés se sont une fois de plus distingués dans ce registre en votant la dérégulation des OGM. Ceci sans consulter la population, en violant toutes les lois éthiques car on ne peut pas accaparer le vivant. Sans aucune étude préalable sur les éventuels impacts sur la santé et sur l’environnement, il n’est cependant prévu aucune obligation d’étiquetage, aucune obligation de traçabilité. Le risque de diffusion dans l’environnement et la contamination des cultures biologiques ne sont pas maîtrisés. L’argument de la souveraineté alimentaire a été si souvent utilisé comme passe-droit qu’il en est devenu un des composants du nom de notre ministère de l’Agriculture. Mais étonnement, en autorisant ces semences NGT, ils ont donné la maîtrise de l’immense marché européen des semences à des grands fonds de pension américains qui détiennent les brevets ; la souveraineté alimentaire est bien mise à mal, de ce fait ! Après le Mercosur, le CETA, les accords entre l’Union européenne et la Nouvelle-Zélande, il ne manquait plus que cela pour achever l’agriculture française et notre soit disant souveraineté.
PESTICIDES : IMPACTS SUR LA SANTÉ ET IMPACT FINANCIER
Si la santé économique des agriculteurs français est mise à mal, leur santé physique est aussi malmenée. Au prétexte qu’un pays voisin autorise une matière active interdite en France, au nom de la compétitivité et de la fameuse souveraineté alimentaire, il faudrait systématiquement la ré-autoriser. Comparativement, au prétexte qu’un pays voisin autoriserait la peinture au plomb ou l’amiante dans les habitations, ceci justifierait-il de les autoriser à nouveau en France ?
Les agriculteurs, leurs familles et les populations voisines victimes de cancers et d’autres maladies provoquées par ces produits toxiques dont on a minimisé à leurs yeux les réels dangers, ou dont on les a rendus dépendants, ont compris trop tard que leur santé et celle de la Terre sont constamment bafouées. Le rapport AGRICAN de la MSA sur ce sujet est accablant (voir article L’Abeille de France n°1139 – nov, p.34-35).
Si cette loi d’urgence agricole est votée, elle alimentera surtout les urgences hospitalières !
Les agriculteurs méritent mieux qu’un texte qui ne garantit ni leur revenu, ni leur avenir. Notre civilisation mérite mieux que de voir son intelligence mise au service de techniques de mort en opposition avec le vitalisme.
Les récentes décisions politiques ne peuvent que nous inquiéter : division par quatre du budget alloué au Fonds vert, réduction des distances de sécurité vis-à-vis des habitations et propriétés voisines lors des traitements des cultures, simplification des autorisations pour l’implantation des bassines, autorisation « à vie » des pesticides, dérogations renouvelables, reculs sur les conditions d’élevage et recul sur la préservation des zones humides, plan de lutte national contre le frelon asiatique inefficace.
Les scientifiques se battent pour protéger les Français contre les mauvaises décisions des politiques français. Nous avons tous les éléments et les connaissances en main pour construire une réconciliation durable de notre société avec le vivant. Il ne tiendra qu’à nous d’en tenir compte dans nos choix politiques en 2027.
VIVRE SOUS LA CANICULE
Pour le moment, nous devons faire face à une des plus importantes canicules que la France ait connue selon les annales de Météo-France. Les animaux étouffent dans les élevages, la
mortalité se compte en milliers de tonnes, les centres d’équarrissage sont saturés. Les humains suffoquent, les EHPAD sous-équipés en pièces climatisées entassent leurs résidents dans les rares pièces qui en disposent, dans les écoles on occulte les fenêtres des salles de classe avec des couvertures de survie réfléchissantes, une grande chaîne de discount lance une offre spéciale sur les climatiseurs, la chasse au climatiseur tourne au chaos, générant insultes, bagarres entre les clients qui s’arrachent le matériel des mains ! Ceci en dit long sur la suite possible en cas de répétition des épisodes caniculaires.
Pourtant, depuis 2004, après la canicule de l’année précédente, une journée dite de solidarité était travaillée et non payée afin de financer la rénovation et la modernisation des
EHPAD. Ce sont près de 3,5 milliards d’euros annuels qui sont collectés et incorporés au budget autonomie de la sécurité sociale qui s’élève à 42,4 milliards d’euros. En 2025, seulement 50 millions d’euros ont été alloués aux équipements de rafraîchissement !!!
Nos colonies d’abeilles souffrent elles aussi, les miellées se sont stoppées net, compromettant les récoltes de miel d’été dont la part est si importante dans les zones de plaine, la ponte des reines s’est fortement ralentie, il va falloir soutenir les colonies afin de relancer la dynamique de ponte en prévision des abeilles d’hiver.
Comme en politique, la campagne 2027 se prépare déjà maintenant!
Et à l’occasion de la Grande fête nationale des miels de France et des pollinisateurs, n’oubliez pas d’organiser un bel accueil aux consommateurs dans votre miellerie, dans votre rucher-école, chez un de vos magasins revendeurs, ou dans l’établissement d’un distributeur de matériel apicole, tenez-nous en informés par mail contact@fetedesmielsdefrance.fr
Il est indispensable de communiquer sur une image positive concernant la qualité et la diversité des miels de France et les meilleurs ambassadeurs, c’est vous tous !
Bon courage et bonne fin d’été à toutes et à tous.

