ÉDITO Frank Alétru Président du Syndicat National d’Apiculture

L’ APICULTURE FRANÇAISE EST UN TOUT

Face aux enjeux actuels et à venir concernant la filière apicole, l’apiculture professionnelle et celle dite de « loisir » ou des « petits producteurs » ne doivent pas se considérer comme deux apicultures concurrentes, mais plutôt comme deux composantes d’un même écosystème apicole. Vouloir les opposer serait une erreur et fragiliserait toute la filière. Ces deux dimensions de l’apiculture ne s’excluent pas : elles se complètent, se nourrissent et se renforcent mutuellement. Cette diversité s’avère ne pas être une faiblesse mais bien une des conditions de la vitalité de l’apiculture française.
À l’une des extrémités du spectre de l’apiculture se trouvent les dizaines de milliers d’apiculteurs qui possèdent quelques ruches seulement. Ils permettent le premier contact de nombreux citoyens avec le monde des abeilles. Leurs ruchers se trouvent dans les villages, les jardins, les forêts, les vergers et les territoires ruraux, urbains et périurbains. Ils participent à la présence de l’abeille mellifère dans les territoires et contribuent à sensibiliser leur entourage à la biodiversité et aux enjeux environnementaux. Ce sont eux qui majoritairement donnent de leur temps pour assurer la formation des nouveaux apiculteurs dans les ruchers-écoles, qui participent à l’information des collectivités pour lutter contre les frelons asiatiques, qui sont présents sur les fêtes de pays pour y valoriser l’abeille, les produits de la ruche et l’apiculture. Ce sont eux encore que l’on retrouve en plus grand nombre dans les cortèges des manifestations d’apiculteurs et qui donnent ainsi bien plus de poids aux revendications.
Acteurs économiques à part entière, ils achètent du matériel, des ruches, des essaims, des reines, des équipements de protection, du conditionnement et des services, faisant vivre les fournisseurs de matériel apicole, les magasins spécialisés, les fabricants, et de nombreux acteurs locaux. Mais leur rôle ne s’arrête pas là car cette apiculture à petite échelle peut aussi devenir la porte d’entrée vers l’apiculture professionnelle. En effet, bon nombre de professionnels ont commencé avec quelques ruches et ont fait leurs premiers pas dans un rucher-école, auprès d’un syndicat apicole, ou d’un apiculteur expérimenté.
À l’autre extrémité de la chaîne, l’apiculture professionnelle représente une grande partie du moteur économique de la filière par les investissements importants qui sont réalisés pour la création, le fonctionnement et le développement des exploitations, dans les bâtiments, les ruches, les véhicules, les mielleries, le renouvellement des colonies, la génétique, le matériel de transhumance, les produits vétérinaires, les outils d’extraction et de conditionnement et pour la commercialisation de leurs productions. Sans oublier les emplois directs et induits qu’elle génère, tout en devant répondre à une obligation de rentabilité économique. Cette notion de rentabilité impérative n’existe pas chez les petits producteurs ou les apiculteurs de loisir, elle est largement remplacée par le facteur passion!

AVOIR DES CONTRAINTES DIFFÉRENTES NE SIGNIFIE PAS AVOIR DES INTÉRÊTS OPPOSÉS

Les deux profils d’apiculteurs ont besoin d’abeilles en bonne santé, d’un environnement favorable en protégeant et en développant les zones mellifères. Ils sont confrontés aux pesticides, aux parasites, aux maladies, aux frelons asiatiques, au changement climatique et à la raréfaction des ressources alimentaires. Ils défendent la qualité et l’authenticité des miels, et luttent contre les importations frauduleuses et les pratiques qui dévalorisent le miel. Ils peuvent suivre l’un et l’autre des formations à différents niveaux de compétence. Leurs intérêts fondamentaux se rejoignent donc beaucoup plus souvent qu’ils ne divergent et aucune des deux composantes ne peut réussir seule.

LE GÉNIE INVENTIF DES APICULTEURS

De tout temps, l’apiculture française s’est illustrée par sa capacité à trouver par elle-même des solutions. Nous l’avons constaté avec les deux derniers fléaux que l’apiculture doit affronter, la varroase et le frelon asiatique. Pour le premier, les solutions sont venues de « la recherche appliquée citoyenne apicole ».
Puis celles-ci ont été reprises tour à tour par des laboratoires qui les ont transformées en médicaments vétérinaires disposant d’une autorisation de mise en marché (AMM). Ne s’arrêtant pas aux médicaments et pour faire face à la capacité de résistance des varroas aux différentes matières actives acaricides, les apiculteurs ont imaginé une solution biologique par l’encagement des reines. Concernant la lutte contre les frelons asiatiques, à nouveau les solutions de protection diverses (muselières, harpes, nasses coréennes, tentes, outils de détection des nids) proviennent dans la majorité des cas de l’imagination du terrain apicole, professionnel ou pas.
Ce qui nous amène à constater que les nombreuses structures d’assistance technique coûtent de plus en plus cher à l’apiculture française avec peu de retours et privent l’apiculture professionnelle de subsides dont elle a besoin pour se développer, se moderniser, faire face à la concurrence étrangère et qui lui font défaut.

LES COMBATS SYNDICAUX FACE AUX NÉONICOTINOÏDES

Au cours des 25 dernières années, le combat syndical apicole s’est fréquemment déroulé devant les tribunaux pour faire face aux géants de l’agrochimie ou au ministère de l’Agriculture.
Ces actions juridiques ont toujours été financées par les deux syndicats apicoles majoritaires, qu’il s’agisse du nombre d’apiculteurs professionnels, pluriactifs ou de loisir, à savoir le SNA et l’UNAF. Sans l’apport financier des cotisations des dizaines de milliers d’adhérents, les quelques milliers d’apiculteurs professionnels n’auraient jamais pu engager ces combats juridiques qui ont été si déterminants dans les victoires remportées par les apiculteurs face aux néonicotinoïdes depuis la fin des années 90. Ce combat qui était gagné se trouve relancé à la suite de l’adoption de la loi d’urgence agricole et de la loi Duplomb 2.

OMNIBUS X : BRUXELLES PROPOSE DES AUTORISATIONS ILLIMITÉES POUR LES PESTICIDES

Actuellement, la réglementation autorise l’usage des pesticides et des biocides pour une période maximale de 15 années, et ces matières actives sont réévaluées lorsque des nouvelles données scientifiques qui les concernent sont publiées. Alors que les progrès de la science nous démontrent régulièrement la toxicité aggravée des matières actives qui avaient été précédemment homologuées car considérées sans risque !!! La Commission décide de fermer les yeux sur les possibles évolutions de la connaissance des risques sanitaires et environnementaux en proposant d’accorder des autorisations illimitées à ces substances chimiques et leur évaluation périodique ne serait plus systématique !

GRANDE FÊTE DES MIELS DE FRANCE ET DES POLLINISATEURS

Pour cette nouvelle édition, vous avez été encore plus nombreux à vous investir dans cet évènement et les premiers retours que vous nous adressez sont des plus satisfaisants et témoignent de l’intérêt des consommateurs. Nous donnerons plus de détails dans le prochain numéro de L’Abeille de France de novembre.

FACTURATION ÉLECTRONIQUE

La proposition de loi du SNA relative à la mise en place d’un plafond de 10 000 € pour déclencher l’obligation de la facturation électronique a été relayée par un grand nombre d’entre-vous auprès de vos députés. Compte tenu des réponses de soutien qu’ils vous ont adressées et des démarches encourageantes qu’ils ont accomplies auprès du ministre, il est toujours temps pour ceux qui ne l’ont pas encore fait d’interpeller leurs députés. Car c’est l’effet de masse qui augmentera nos chances d’être entendus.

PRÉVOIR LA TRANSMISSION PROFESSIONNELLE ET LA RELÈVE SYNDICALE

La France apicole a besoin de débutants pour préparer la relève et d’apiculteurs expérimentés pour transmettre leur savoir. Actuellement, la pyramide des âges est élevée chez les apiculteurs et de très nombreuses entreprises apicoles vont devoir trouver des repreneurs. Face à cette situation d’urgence économique et sociétale, voire environnementale en matière de pollinisation, le Syndicat National d’Apiculture va solliciter auprès du gouvernement des mesures de soutien et d’aides économiques pour faciliter la transmission des exploitations apicoles.
Une filière apicole forte est une filière dans laquelle tous les apiculteurs sont formés, informés, responsabilisés et défendus. Ce sont précisément le rôle et les missions du Syndicat National d’Apiculture et de ses structures départementales affiliées.
Bientôt vont avoir lieu les assemblées générales des structures syndicales départementales. Et là aussi, au sein de ces instances, la moyenne d’âge est élevée et de nombreux administrateurs souhaiteraient être remplacés. Pour cette raison, il est urgent que de très nombreux apiculteurs s’engagent au sein des conseils d’administration des structures apicoles départementales.

125 STRUCTURES DÉPARTEMENTALES AFFILIÉES  AU SNA SONT EN MARCHE POUR LA DÉFENSE DE L’ APICULTURE. SI VOUS N’ÊTES PAS ENCORE ADHÉRENT, LE MOMENT DE LE FAIRE EST VENU, REJOIGNEZ VITE L’ UNE D’ ELLES !

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